Breaking down cultural barriers
Transposer une culture dans une autre par delà les barrières culturelles

Saturday, 26 November 2011

Daniel Varoujan - CHANT PAIEN

Dans le palais de marbre du rêve fascinant,
Où brulent des candélabres sertis d’étoiles,
qui déversent une pluie de lumière,
Je suis, cette nuit, un Monarque vivant
dans les fastes de l’Orient,
Je possède un trône, des trésors et des femmes
blanches à la chevelure abondante.
 
Allongé sur mon divan, couvert de peaux de léopards,
Ma tête appuyée sur mon poignet, et grisé de volupté,
Je contemple une Circassienne au beau corps vigoureux
Qui se trémousse en dansant devant moi,
sur le tapis garni de perles.
 
De son corps et de sa chevelure parfumé,
se dégage flots par flots,
Une mer de volupté, où je nage avec joie.
Je porte mes superbes tuniques éclatantes de blancheur,
Tissés avec les larmes, aux éclats de rubis,
de milliers d’étoiles,
J’ai roulé autour de ma tête mon diadème
à la blancheur de neige
Aussi lourd que ma gloire, aussi plissé
que les recoins de mon génie.
 
Et de ma main , chargée de bagues serties de diamants,
J’égrène mon chapelet d’ambre scintillant.
Mes sandales brodées d’or, ainsi que mon mouchoir de soie,
Sont tombés à l’abandon sur le tapis couleur de safran.
Et l’on a posé auprès de moi la grosse coupe
Remplie de vin rutilant et mousseux,
Qui pétille devant mes yeux comme du sang frais.
 
Mes yeux avides de couleurs et de beautés charnelles,
Sont en extase, comme les prunelles
d’un prophète récitant sa prière,
Et se trouvent profondément plongés
dans le tourbillon soulevé
Par cette Circassienne, aux yeux foncés et au corps ambré,
Qui devant moi danse, danse sans cesse…
 
Le rythme de ses mouvements
se ralentit parfois; alors son corps
Ressemble à un roseau agité qui fait pleuvoir des arômes,
des écumes et des mélodies ;
D’autres fois, elle imprime un élan si puissant à ses pieds,
Qu’elle se transforme en une flamme
flottante attisée par le vent.
 
Oh ! elle est la magicienne accomplie
des formes et des replis de la chair,
Elle possède le secret de faire couler abondamment
à travers ses regards et son corps,
Tous les charmes et les délices voluptueuses de la femme
Qui écument devant mes yeux, tels les flots fougueux des mers,
Et elle danse, elle danse, elle danse en tourbillonnant …
 
Sur son front perlent des gouttes de sueur,
Et sa belle stature de fée, cachée sous sa chevelure,
Présente les attraits troublants du saule pleureur
qui se réfléchit à la surface du lac.
 
En se courbant tantôt en arrière tantôt en avant,
De roseau flexible elle se mue en peuplier farouche,
Et parfois d’un bond animé de secousses, elle semble briser
soudainement son tronc superbe,
Comme du cristal, en éclats de poussière ;
Puis, par un rajustement, à peine esquissé de ce corps en pièces,
Elle crée, dans un mouvement improvisé,
une nouvelle figure pleine d’harmonie.
Les chaussons couverts de perles, qui moulent ses pieds,
Touchent à peine, semble-t-il, les dessins du tapis ;
Et la nature particulière de l’élan de son corps qui tournoie,
fait naitre un vent si puissant,
Que parfois il éteint, parfois il attise
Les éclats bleutés de ses boucles d’oreilles,
Et les rayonnements joyeux de ses colliers ...
 
Elle danse, danse, furieusement danse,
Sans cesse soumise à ma volonté libertine, qui la guide ;
Elle jette impétueusement son voile fin par dessus sa tête,
Et expose la nudité de ses seins et son cou de cygne,
Ainsi que son ventre béni, que marque le nombril sombre.
Ses cuisses potelées surgissent
ainsi que les autres parties secrètes de son corps.
Enfin, tous les mystères ineffables de la chair et des formes
Qu’en un effort suprême l’esprit du Créateur a pu engendrer.
Lorsqu’elle aperçoit, de ses propres yeux, sa nudité cristalline,
Elle rougit d’avoir abusivement déployé tous ses charmes,
Alors elle imprime une secousse à sa chevelure orageuse,
Le vent soulevé se précipite pour éteindre
les lumières tremblotantes,
Aux éclats diamantins, de ce palais de marbre,
Ainsi que celles des flambeaux de résine du plafonnier.
O nudité sublime ! nymphe pudibonde,
Perdue comme un mystère au sein de l’obscurité …
 
Alors, je sursaute brulé de désir,
En laissant tombé sous mes pieds,
mon diadème aux éclats de neige.
Tâtonnant dans l’obscurité, je découvre la Circassienne,
Guidé par le souffle palpitant et sublime de sa poitrine.
Puis, saisissant son poignet couvert de sueur,
Je l’étends sur mon divan garni de peaux de léopard.
O ce corps aimanté et tendre, pétri de lumière,
Qui écume comme du lait et du sang dans mes bras !
O cette chevelure houleuse, au sein de laquelle je nage,
En courant sans cesse le danger de me noyer dans sa masse !
O cette chaleur ardente, qui se dégage de ses bras
nacrés et voluptueux,
Avec lesquels elle enlace puissamment
mon cou comme un serpent !
Enfin, nos corps se confondent dans l’élan d’un baiser ardent …
Lorsque j’aurai eu ses lèvres vermeilles dans ma bouche,
Lorsque j’aurai vidé lentement, pendant des heures,
le contenu de ses veines,
Oh ! c’est alors seulement qu’il me semblera
avoir gouté entièrement
Aux délices de l’ère païenne,
Aux piments des Indes et à tous les encens de l’Arabie.
 
 
Daniel Varoujan
Traduction Dr B. Missakian

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