Je peux imaginer qu’un jour - me réveillant, je serai
encore plus vieux que ma mère
qui je peux l’imaginer
ne l’aurait pas remarqué
Elle admirerait ma canne
sans la remettre en question,
surveillerait mon retour
dans la rue, par la fenêtre
bien que moi-même à son côté
Je sois à guetter son retour
Je peux l’imaginer mangeant
de pleins bols de céréales
des papillons plein les cheveux
Dans un champ verdoyant et plein
J’arrive à imaginer
ses souvenirs derrière la porte
qui espèrent qu’aujourd’hui
elle va les laisser entrer
J’arrive à imaginer
qu’ils mourront d’avoir eu faim
d’avoir été négligés
sur un amas de feuilles sèches
où
intrigué un chat viendra
humer leurs restes odorants
j’arrive à imaginer qu’un vieil arbre pousserait
là où d’autres ne poussent pas
et je peux imaginer
dans l’épaisseur de son écorce
les mots d’un langage oublié
je peux imaginer les lire
et
je peux imaginer
être seul à les comprendre
je peux imaginer la main
connue -
et son couteau
qui fut
la voix de l’âme dont
l’haleine
réchauffa les lèvres froides
qui insufflèrent les bruits joyeux
au cœur à ce point remué
et que la main a pressé fort
plus fort
plus fort
encore plus fort
William Michaelian
translated from the English
by Sylvie M. Miller
Original text here on ARMENIAN POETRY PROJECT
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